L'Origine
L'idée de Dieu : l'empreinte du Fabricateur et la nécessité de l'existence
La simple capacité de la raison à concevoir le Dieu absolu n'est pas une illusion passagère : la raison ne crée pas ses idées à partir du néant, mais dévoile une trace existentielle imprimée en elle qui indique sa source.
Introduction : la raison comme miroir, non comme usine
Pendant de longs siècles, la raison humaine a été considérée comme un champ absolu de liberté, capable de créer des mondes et des imaginations sans fin. Or l’examen philosophique et l’analyse scientifique et structurelle conduisent à une vérité tout autre : l’esprit de l’être humain n’est pas une usine qui produit à partir du néant la matière première des idées ; c’est plutôt un « miroir » extrêmement perfectionné, qui réorganise, remodèle et recompose ce qui est déjà déposé et présent dans cet univers.
Si nous suivons le mécanisme de production des théories scientifiques et l’élaboration des inventions techniques, nous parvenons à une loi cognitive rigoureuse : la raison n’invente pas de règles nouvelles, elle découvre l’existant et l’applique. Et lorsque l’on applique cette loi physique et philosophique à la plus grande et à la plus profonde idée qui ait occupé la conscience humaine à travers l’histoire — l’idée du « Dieu absolu » —, on aboutit à une conclusion inévitable, saisissante par sa simplicité et sa rigueur : la simple capacité de la raison humaine à concevoir Dieu, chez les croyants comme chez les athées, est en elle-même la preuve la plus grande et la plus éclatante de la nécessité de Son existence.
1. Le concept de la réflexion existentielle et le terme Ex Nihilo
Pour saisir l’incapacité de la raison humaine à créer de manière absolue, il faut d’abord comprendre l’un des termes philosophiques et théologiques les plus rigoureux de l’histoire : le terme latin Ex Nihilo, qui signifie littéralement « à partir du pur néant » ou « à partir de rien ».
En philosophie métaphysique, la création ou la production se divise en deux types :
- La création à partir du néant (Creatio ex nihilo) : faire exister une chose à partir de rien qui la précède absolument — c’est-à-dire l’absence de matière, de temps et de lieu, puis le surgissement soudain de l’existence par une puissance absolue. Cet acte relève du pur divin dans les croyances et les philosophies de l’existence, où l’être se répand sur le néant et le transforme en réalité.
- La fabrication et la mise en forme (Creatio ex materia) : faire exister une chose nouvelle à partir d’une matière première déjà présente ; c’est le maximum de ce que l’être humain peut accomplir.
Quand nous disons qu’il est impossible à la raison humaine de créer quoi que ce soit Ex Nihilo, nous voulons dire que l’être humain ne possède pas le « privilège de la production originelle ». La raison est régie par le réel : elle a toujours besoin d’une première brique, d’un signe sensible ou d’une loi cosmique existante pour commencer à penser. La raison ne peut projeter une idée dans l’existence si celle-ci n’a pas quelque part une racine dans l’existence extérieure qui l’alimente.
2. Anatomie de la raison : le mécanisme de naissance des théories et des inventions
L’impossibilité de l’invention Ex Nihilo, c’est-à-dire de la création à partir du néant, se manifeste avec la plus grande clarté lorsqu’on considère les plus hautes productions de l’humanité : les sciences et la technique.
1. Les théories scientifiques : lever le voile sur le caché
Lorsqu’un savant formule une grande théorie qui change le cours de l’histoire, l’expression exacte de ce qu’il a fait est « la découverte », non « l’invention ». Isaac Newton (1642-1727 ap. J.-C.) (Isaac Newton) n’a pas créé la gravitation ; Albert Einstein (1879-1955 ap. J.-C.) (Albert Einstein) n’a pas inventé le tissu de l’espace-temps ; et la mécanique quantique n’a pas été produite du néant par l’esprit de Max Planck (1858-1947 ap. J.-C.) (Max Planck).
La théorie commence toujours par l’observation d’une « anomalie » ou d’une lacune dans le réel observable, suivie d’un processus d’abstraction rationnelle et mathématique. Cette abstraction n’est pas la création d’un ordre nouveau à partir du néant : c’est une tentative de déchiffrer l’ordre géométrique et physique déjà présent dans l’univers depuis le moment du grand commencement. La raison, ici, reçoit les lois cosmiques latentes et les traduit en langage humain et en équations.
2. Les inventions techniques : l’hybridation et le biomimétisme
Les inventions humaines les plus révolutionnaires et les plus fascinantes ne sont qu’un « recyclage » perfectionné d’apports sensibles et de matériaux existants. La raison humaine joue ici le rôle de l’« hybrideur » ou du faiseur de combinaisons : elle marie deux outils ou deux idées déjà existants pour produire une fonction nouvelle, mais elle ne crée pas leur matière propre.
Par exemple, une invention comme « l’avion » n’a pas été un bond hors des lois de l’univers ni une création à partir de rien : c’est la combinaison de métaux extraits de la terre, comme l’aluminium et le fer, l’application directe de lois physiques déjà existantes comme le principe de la poussée d’Archimède (vers 287-212 av. J.-C.) (Archimedes), et une imitation littérale de l’ingénierie des ailes des oiseaux et de leur manière de fendre l’air.
Il en va de même de « la valise à roulettes » : la raison n’a inventé ni la roue ni la valise, elle a seulement réorganisé la relation entre les deux pour résoudre un problème humain. Même le « radar » est une imitation technique du système biologique qui guide les chauves-souris par les ultrasons, et « l’intelligence artificielle » est, au fond, une reproduction structurelle de la manière dont les cellules nerveuses s’interconnectent dans le cerveau humain.
L’inventeur humain ressemble exactement au « sculpteur » : le sculpteur ne crée pas le marbre, ni n’invente les lois physiques qui permettent à son ciseau de tailler la pierre. Il a seulement la « vision » d’ôter les parties superflues pour faire apparaître la forme latente au cœur du roc. La raison, donc, décompose et recompose, mais elle est totalement incapable d’inventer une « matière première » ou une « quiddité » qui n’aurait aucune racine à l’extérieur.
3. La vision philosophique à travers l’histoire : l’impossibilité d’imaginer le néant
Ce mécanisme concret de l’invention n’a pas échappé à l’esprit des grands philosophes à travers l’histoire ; il a même constitué le pilier des écoles cognitives, de la Grèce à l’époque moderne, confirmant que tout ce qui est dans l’esprit provient de l’existence.
1. La philosophie grecque : de Parménide à Aristote
Parménide (vers 515-450 av. J.-C.) (Parmenides) : il posa la pierre fondatrice avec sa règle rigoureuse : « L’être est, le néant n’est pas. » Il soutint que la raison ne peut penser que l’être, car le néant n’a pas de réalité, et qu’il est impossible à la raison de tirer une image ou une idée de rien.
- Preuves et interprétation : Parménide avança une preuve rationnelle fondée sur « l’impossibilité de la contradiction cognitive » : toute idée que la raison examine doit aboutir à un objet, et cet objet doit « être » pour être pensé. Si la raison tente de penser le « néant absolu », soit elle le transforme en objet (et lui accorde ainsi une forme d’existence et de choséité dans l’esprit), soit elle est totalement incapable de le cerner. L’interprétation, ici, est que le pur néant n’a ni essence ni propriétés, et que ce qui n’a pas d’essence ne dispense aucune image ; par conséquent, la conscience humaine est entièrement absorbée dans l’être, et toute idée qui s’y dessine est la trace d’une existence réelle qui la précède, impossible à naître du vide du néant.
Platon (vers 427-347 av. J.-C.) (Plato) : il soutint que les idées et les concepts universels, comme la justice, la beauté et l’idéal, ne sont pas inventés par la raison humaine Ex Nihilo, mais sont une « réminiscence » (Anamnesis) : l’âme avait contemplé ces vérités dans le « monde des Idées » avant sa descente dans le monde matériel, et l’apprentissage est ici le rappel de ce qui existe déjà.
- Preuves et interprétation : Platon s’appuya sur « la preuve des concepts universels absolus » : dans notre monde matériel, nous ne voyons que des choses belles et changeantes (une belle rose, un beau tableau), mais nous possédons dans notre esprit un concept fixe et absolu de « la beauté en soi », qui ne change pas avec le changement ou le flétrissement de la rose. Et comme ce concept parfait n’existe pas dans le monde matériel changeant et déficient, la raison est incapable de l’inventer et de le composer à partir d’apports matériels imparfaits. L’interprétation platonicienne voit dans ces concepts des « réalités existentielles objectives et indépendantes », dont l’âme a reçu l’empreinte lorsqu’elle les a contemplées dans le monde éternel des Idées, et l’acte de penser en ce monde n’est que le décapage de la poussière de la matière sur la mémoire spirituelle pour retrouver l’origine de l’existence latente en elle.
Aristote (384-322 av. J.-C.) (Aristotle) : il affermit le principe de la dépendance totale à l’égard de l’existence extérieure par sa célèbre règle cognitive : « Il n’y a rien dans l’intellect qui n’ait d’abord été dans les sens. » Pour lui, la raison naît comme une page blanche, et toutes les idées, sans exception, sont un reflet, une abstraction et une extraction de formes et d’exemples réels que l’existence extérieure a diffusés et que les sens ont reçus.
- Preuves et interprétation : Aristote s’appuya sur « la preuve du prolongement sensible et de l’abstraction cognitive » pour établir philosophiquement que la raison humaine est structurellement stérile pour produire ou inventer d’elle-même la moindre « matière première » d’idées, et qu’il lui est impossible de concevoir quoi que ce soit à partir du pur néant : la preuve en est que celui qui perd l’un des cinq sens (comme l’aveugle de naissance) est totalement incapable d’inventer ou de concevoir le concept lié à ce sens (comme les couleurs). C’est précisément sur Aristote que l’on s’appuie, dans cette preuve, comme fondement décisif pour établir Dieu : puisque la raison ne possède pas le privilège de la « production cognitive à partir du néant », et puisque le concept de « l’absolument parfait, immatériel et éternel » n’a ni semblable ni pièces matérielles fragmentées dans le monde de la matière imparfaite qui permettraient de le composer comme les autres mythes, l’existence de ce concept dans l’esprit humain et le débat continu à son sujet exigent nécessairement l’existence d’une réalité extérieure objective qui l’a dispensé. Et par cette porte sensible, Aristote formula sa célèbre preuve théologique du « Premier moteur qui ne se meut pas » : lorsque les sens observent la réalité du « mouvement et du changement » dans l’univers, cela conduit nécessairement la raison à abstraire le concept de « la cause première, fixe et éternelle ». Ainsi, Aristote démontre que l’idée de Dieu dans l’esprit n’est pas une illusion surgie du vide, mais le résultat inévitable de données réelles que l’existence extérieure a diffusées et que la raison a abstraites pour qu’elles indiquent leur Fabricateur.
2. La philosophie occidentale moderne : la rigueur de l’expérience
René Descartes (1596-1650 ap. J.-C.) (René Descartes) : pionnier de la philosophie rationaliste moderne, il rechercha l’origine des idées innées et de perfection à l’intérieur de la raison humaine et leur relation à l’agent extérieur.
- Preuves et interprétation : Descartes présenta « la preuve de l’être parfait » (l’empreinte existentielle) : il soutint qu’il trouve en lui-même et en sa raison une idée claire et distincte d’un être infini, parfait, tout-puissant et omniscient — DieuDieu — prononcé ‘al-LAH’ — الله Prononciation : Allah. Allah signifie Dieu. Ce n’est pas le nom d’une divinité différente : c’est le mot arabe utilisé pour désigner le Dieu unique adoré par les musulmans, et les chrétiens et juifs arabophones emploient eux aussi Allah pour parler de Dieu. Sur le plan linguistique, on le rattache généralement à l’expression arabe al-ilah, qui signifie « le Dieu », dans la grande famille sémitique des mots désignant Dieu, avec des formes apparentées en araméen et en syriaque.. Et comme il est un être limité et imparfait, et que la loi rationnelle de la causalité établit que « la cause doit contenir autant de perfection que l’effet, sinon davantage », il est impossible que sa raison limitée et imparfaite soit le fabricateur et la cause de l’idée d’« infini et de perfection ». L’interprétation cartésienne tranche que l’idée de la perfection absolue n’a pas été inventée par la raison à partir du néant, ni extraite des expériences de la matière imparfaite : c’est une « idée première et innée » — relevant de la disposition innéela disposition innée — prononcé ‘FIT-rah’ — الفطرة Prononciation : Fitra. C’est la disposition innée que Dieu place dans l’âme humaine. Ce n’est pas une théorie apprise, mais une orientation originelle et profonde vers la vérité, le bien, Dieu, la justice et le sens. — que le Fabricateur parfait a imprimée dans la structure de la raison humaine lors de sa création, pour qu’elle L’indique, comme l’empreinte du fabricant sur son ouvrage, en dépit des limites de la matière.
John Locke (1632-1704 ap. J.-C.) (John Locke) : il rejoignit les philosophes de l’école empiriste dans l’idée de diviser les idées en simples et composées, et considéra la raison comme une page blanche qui reçoit ses premières impressions directement de l’expérience extérieure.
- Preuves et interprétation : Locke formula sa preuve par « la décomposition des idées composées » : il établit que la raison humaine ne peut jamais concevoir une qualité ou une donnée sensible nouvelle qu’elle n’a pas éprouvée (comme goûter une saveur inédite ou sentir une odeur qui n’a jamais traversé ses narines). Son interprétation se divise en deux étapes : la sensation extérieure et la réflexion intérieure. La raison reçoit passivement les « idées simples » (comme la dureté, la couleur, la chaleur) de l’extérieur, sans pouvoir les repousser ni les inventer, et tout ce que la conscience peut faire ensuite est de recombiner et de répéter ces unités simples pour produire des « idées composées ». Si la matière première fait défaut dans la réalité existentielle, la raison est totalement paralysée et incapable de formuler la moindre idée.
David Hume (1711-1776 ap. J.-C.) (David Hume) : il affirma que les degrés les plus débridés de l’imagination ne sont que des copies des impressions sensibles ; si tu n’as pas vu une certaine couleur ou observé une certaine matière, il est impossible à ton imagination de la créer à partir du pur néant.
- Preuves et interprétation : Hume présenta « la preuve du traçage des impressions » : il lança un célèbre défi philosophique invitant quiconque à analyser ses idées les plus éloignées de l’ordinaire et du réel, pour les voir se réduire finalement à des parties sensibles que la mémoire a captées dans la nature (comme l’or et la montagne pour produire une montagne d’or). Son interprétation repose sur la distinction rigoureuse entre « l’impression sensible directe » et « l’idée mentale », qui n’est qu’une copie pâle et moins vive de cette impression extérieure : l’imagination de l’être humain est totalement enfermée entre les murs de ce qu’il a vu, entendu et touché dans l’existence, et son abstraction n’est qu’un jeu sur les ombres existentielles qui se reflètent en lui.
Emmanuel Kant (1724-1804 ap. J.-C.) (Immanuel Kant) : il affirma que la raison est régie par des catégories a priori, comme le temps, l’espace et la causalité, programmées dans la structure de la conscience, et que l’être humain ne peut imaginer ni penser hors du cadre de ces lois cosmiques qui lui sont imposées par l’ordre de la création.
- Preuves et interprétation : Kant s’appuya sur « la preuve des conditions nécessaires de la perception », montrant que la raison humaine ne peut jamais imaginer une chose située hors du champ du « temps » ou de l’« espace », ni concevoir un événement surgissant sans « causalité ». Ces catégories ne sont pas des idées composées par la raison ni des captations libres : ce sont les « moules et structures rigoureux » selon lesquels la conscience humaine a été conçue pour fonctionner afin d’organiser les données de l’existence extérieure. L’interprétation kantienne montre que l’être humain est structurellement incapable d’imaginer un monde sans dimensions, ce qui prouve que l’activité de la raison est entièrement soumise et liée aux limites et à l’ingénierie de l’ordre de la création qui lui sont imposées d’avance, et qu’elle ne possède pas la liberté d’une génération absolue en dehors de ces lois.
3. La philosophie islamique et l’école de la Philosophie transcendante
Ibn Sina (370-428 h. / 980-1037 ap. J.-C.) (Avicenna) : il établit que l’âme humaine, au début de son apparition, est un « intellect hylétique » (terme philosophique désignant l’intellect dans son état primitif, comme une page blanche et nette, qui ne possède aucune image ni information mais possède une disposition et une capacité préalables à apprendre et à recevoir la connaissance, tout comme la matière brute ou l’argile non encore façonnée). Il affirma que cet intellect dépend totalement, au départ, du « sens commun » (la faculté mentale interne qui rassemble et unifie les sensations issues des cinq sens externes, comme le fait de lier la forme de la pomme à son odeur et à son goût) et de la faculté « imaginative » pour rassembler les images du monde extérieur, et qu’il est totalement incapable d’inventer une « quiddité » (la réalité d’une chose et son essence fondamentale qui la fait être ce qu’elle est) si celle-ci n’a pas de racine et d’origine réelles dans la réalité existentielle.
- Preuves et interprétation : Ibn Sina s’appuya sur « la preuve de l’abstraction des universaux et de la distinction de la quiddité », expliquant que la conscience humaine commence de zéro, comme une faculté disposée et totalement vide (telle la matière première), puis les images des choses s’y gravent et s’y impriment par le passage à travers les sens externes et internes. Philosophiquement, le Maître par excellence distingua entre « la conception des quiddités composées » (le pouvoir libre de la raison de décomposer et de recomposer les idées captées auparavant pour produire des formes imaginaires nouvelles qu’elle n’a pas vues réunies, comme greffer des ailes d’oiseaux sur un corps de cheval pour produire le cheval ailé des mythes) et « l’impossibilité d’inventer une quiddité simple et première étrangère à l’existence extérieure » (comme l’incapacité totale de la raison à inventer une couleur entièrement nouvelle qu’aucun œil n’a jamais vue). L’interprétation avicennienne considère que la raison, dans son mouvement d’abstraction pour dégager les lois universelles générales, ne se sépare jamais du réel : c’est l’existence extérieure, avec son ordre et ses lois, qui conduit et pousse nécessairement l’esprit humain à percevoir et à comprendre les grandes évidences (comme le concept de causalité et la nécessité de l’existence d’un créateur, l'Être nécessairel'Être nécessaire — prononcé ‘WAA-jib al-wu-JOOD’ — واجب الوجود Prononciation : Wajib al-Wujud. L’Être nécessaire est la réalité dont l’existence n’est empruntée à rien d’autre. Dans la philosophie islamique, il désigne la source subsistante par elle-même de tous les êtres dépendants : Celui dont la non-existence est impossible et de qui toute chose contingente reçoit l’existence. ; c’est-à-dire le Dieu qui possède l’existence par lui-même et n’a besoin de nul autre) ; ces vérités s’imposent à la conscience par la force du réel extérieur, et la raison ne les fait pas naître du néant.
Shihab al-Din al-Suhrawardi (549-587 h. / 1154-1191 ap. J.-C.) : il considéra que les images et les fantasmes que l’être humain imagine et pour lesquels nous ne trouvons pas d’application ou d’exemple matériel direct dans notre monde observable ne sont pas un néant ou un vide créé par la raison à partir de rien, mais des images vivantes, existantes et effectivement réalisées dans un autre rang existentiel, connu sous le nom de « monde des images » (‘alam al-mithal) ou « isthme intermédiaire » (un monde réel situé entre le monde de la matière sensible et le monde des purs intelligibles, qui contient les images des choses, leurs mesures et leurs formes, mais sans leur matière pesante) ; et l’âme humaine contemple et découvre ce monde par la pureté de l’esprit, le dévoilement et l’illumination cognitive.
- Preuves et interprétation : al-Suhrawardi formula sa preuve à partir de « la preuve de la manifestation intellectuelle » : il soutint que ce que l’on nomme images imaginaires ou impossibles (les choses dont la personne illusionnée croit que sa raison les invente et les crée à partir du pur néant) sont des images que nous voyons dans notre esprit et qui ont des dimensions, des mesures et des couleurs déterminées. Sa règle philosophique dit que « le pur néant n’a ni dimensions, ni couleurs, ni propriétés » : comment donc le néant, où il n’y a rien, pourrait-il donner une image dotée de forme et de couleur ? Si la raison la produisait à partir du vide, elle serait créatrice de l’existence à partir du néant, ce qui est faux. L’interprétation illuminative tranchée voit que la raison humaine, ici, n’est ni fabricante ni usine qui crée ces images, mais un simple « lieu de manifestation » (un miroir poli et net) où se reflètent et se manifestent des images existantes et effectivement réalisées dans ce « monde de l’imaginal séparé et indépendant de l’être humain » ; la conscience humaine se relie à ce monde par une connexion de type réflexif, ce qui prouve que toute idée ou image dans l’esprit est tirée d’un rang existentiel réel et n’est pas issue du néant.
Mulla Sadra al-Shirazi (979-1050 h. / 1571-1640 ap. J.-C.) (Mulla Sadra) : il opéra la révolution cognitive la plus profonde dans l’école de la Philosophie transcendantela Philosophie transcendante — prononcé ‘al-HIK-ma al-mu-ta-AA-li-ya’ — الحكمة المتعالية Prononciation : al-Hikma al-Muta'aliya. La Philosophie transcendante est l’école philosophique développée par Mulla Sadra. Elle unit la philosophie rationnelle, la théologie coranique et l’intuition spirituelle, et elle est surtout connue pour des doctrines comme la primauté de l’existence et le mouvement substantiel., à travers ses principes fondés sur « la primauté de l’existence », établissant que l’existence est l’unique réalité véritable, étendue dans tout l’univers, et que le néant est une pure négation, absolument rien, et qu’il est donc impossible qu’il dispense ou donne la moindre image à l’esprit ; tout ce que la raison humaine conçoit est donc un mode et une forme de l’existence, ayant sa part de réalité. Il considéra aussi que l’imagination n’est pas un simple rappel d’images anciennes, mais une « intensification existentielle » de l’âme (une élévation et une ascension dans le rang de l’existence) par laquelle l’âme se relie à un rang supérieur appelé « l’intellect agent ». Il insista sur la règle de la « contingence par indigence » de l’âme humaine (concept philosophique central signifiant que l’âme, en son essence, est créée, dépendante, faible, et repose totalement et à chaque instant sur Dieu pour recevoir l’existence, la vie et la connaissance ; elle est comme le rayon du soleil qui n’a ni consistance ni existence sans le soleil lui-même) ; par conséquent, l’âme ne possède pas le pouvoir de créer et de produire des idées de manière indépendante à partir du pur néant (Ex Nihilo), mais toute perception et toute imagination qui la traversent sont une manifestation, une effusion et une lumière cognitive qui affluent vers elle depuis l’Absolument Riche.
- Preuves et interprétation : Mulla Sadra s’appuya sur « la preuve de la primauté de l’existence » et « la règle de l’homogénéité » (règle philosophique exigeant une proportion et une affinité entre la cause et l’effet ; qui ne possède pas une chose ne peut la donner). Il démontra philosophiquement que le pur néant n’a ni choséité ni effet, et qu’il est donc rationnellement impossible qu’en surgisse un concept, une idée ou une image dans l’esprit de l’être humain, car la négation de l’existence ne produit pas d’existence. L’interprétation sadréenne établit dès lors que l’âme humaine, décrite par la « contingence par indigence » (la pure dépendance envers le Créateur), ne peut se dispenser à elle-même une perfection cognitive ni inventer spontanément l’idée de « l’absolument parfait, de l’infini et du nécessaire » à partir du néant : comment une conscience limitée, imparfaite et indigente par essence inventerait-elle l’idée de la richesse et de la perfection absolues ? Qui ne possède pas une chose ne peut la donner. Aussi, la perception par la raison humaine de l’existence et de la perfection absolues n’est ni une erreur ni une illusion forgée par l’âme, mais le résultat d’une « intensification existentielle » et d’un lien réel qui relie l’âme à « l’intellect agent » dispensateur de connaissance. Et ces idées universelles sublimes ne sont que des manifestations et des effusions réelles et lumineuses que l’existence divine, l’Absolument Riche, verse dans le for de la conscience humaine, de sorte que l’idée elle-même est une preuve vivante et un lien de témoignage qui atteste de l’existence du Fabricateur qui la dispense.
4. Réponse aux objections : le problème des créatures fabuleuses et le caractère mythique de Dieu
Au seuil de ce développement cognitif, la pensée matérialiste et athée soulève une objection qui semble en apparence logique, destinée à ébranler cet édifice, et connue dans les joutes philosophiques sous le nom de « problème des créatures fabuleuses », dont la teneur est :
« Si l’incapacité de la raison à créer à partir du néant est une preuve de l’existence de Dieu, pourquoi la raison conçoit-elle le dragon, le cheval ailé, les extraterrestres et les créatures métaphysiques alors qu’ils n’existent pas au-dehors ? L’idée de Dieu ne pourrait-elle pas n’être qu’un autre mythe fabuleux composé par la raison ? »
Démonter cette objection de manière structurelle et philosophique exige de mettre en évidence la différence essentielle et existentielle entre « la fabrication du mythe » et « la perception de la réalité absolue et simple ».
1. Le mécanisme de fabrication du mythe : l’assemblage de pièces matérielles
Lorsque l’être humain imagine une créature fabuleuse comme le dragon, le cheval ailé ou un être extraterrestre effrayant, sa raison n’exerce absolument aucune création à partir du néant (Ex Nihilo). La raison, ici, fonctionne comme un appareil de traitement visuel : elle n’a pas le pouvoir d’inventer une matière première nouvelle, elle recourt à son stock sensible tiré du réel matériel et entreprend un travail de décomposition et de recomposition :
- Le cheval ailé : fusion de l’image d’un cheval matériel et de l’image d’une aile d’oiseau matérielle.
- L’être extraterrestre : combinaison de tentacules de pieuvre, d’un œil d’insecte, d’une peau de reptile et d’une taille de dinosaure.
La raison, ici, n’a pas inventé la matière première des idées : elle n’a inventé que « la proportion et la composition », fonction de la faculté « imaginative » dans la philosophie islamique, qui décompose et recompose les images de la matière déjà perçue. Le mythe a donc des parties matérielles connues, ainsi que des semblables et des analogues dans la nature.
2. Le mécanisme de la perception de Dieu : l’abstraction et l’absolu simple
Lorsque nous passons du monde des mythes à l’idée de « Dieu » dans sa profondeur philosophique, nous nous trouvons devant un concept totalement différent : les propriétés essentielles qui composent cette idée sont la simplicité absolue sans parties, l’immatérialité, l’atemporalité, la non-spatialité, l’autosuffisance essentielle et la nécessité de l’existence.
Ici, l’analogie de l’athée s’effondre et la supercherie apparaît : nous demandons à la raison athée d’où tes sens ont-ils capté la matière première de ces propriétés pour les composer ou les amplifier ? L’être humain n’a jamais, de sa vie, observé une chose « immatérielle » pour la composer ou la copier ; il n’a pas vécu dans un milieu « atemporel » pour en tirer une impression sensible mémorisée ; il n’a pas vu dans cet univers observable un seul être « autosuffisant par essence » qui ne dépende de nul autre ; tout ce qui l’entoure est plutôt un être imparfait, dépendant et périssable.
La raison a le pouvoir d’inventer un « mythe » parce que sa matière première est disponible sous sa main dans le monde de la matière : elle possède l’image du cheval et celle de l’aile. Mais elle est totalement incapable d’inventer l’idée de « l’extension infinie et de Dieu », car elle ne possède, dans cet univers matériel, aucune brique première ni matière première qui ressemble à l’absolu ou à l’éternel. Le mythe est une composition de parties matérielles ; Dieu est une réalité simple et abstraite, sans parties dans le monde de la matière à partir desquelles le composer.
3. La réponse d’Ibn Sina : la règle distinguant le nécessaire de l’impossible
Le Maître par excellence Ibn Sina (370-428 h. / 980-1037 ap. J.-C.) (Avicenna) distingua, dans ses recherches sur « l’existence et la quiddité », entre le pouvoir de la raison de concevoir « l’impossible essentiel et fabuleux » et sa conception du l'Être nécessairel'Être nécessaire — prononcé ‘WAA-jib al-wu-JOOD’ — واجب الوجود Prononciation : Wajib al-Wujud. L’Être nécessaire est la réalité dont l’existence n’est empruntée à rien d’autre. Dans la philosophie islamique, il désigne la source subsistante par elle-même de tous les êtres dépendants : Celui dont la non-existence est impossible et de qui toute chose contingente reçoit l’existence..
Lorsque la raison conçoit un mythe, comme une montagne de rubis, elle compose une « quiddité nominale » à partir de quiddités existant au-dehors et leur assigne une existence accidentelle imaginaire. Mais lorsqu’elle conçoit « Dieu », la raison ne conçoit pas une quiddité composée : elle se dirige directement vers le pur être et sa simplicité autosuffisante. La raison humaine perçoit nécessairement, par l’évidence de la causalité, que tout contingent a une cause, et comme la chaîne ne peut aller à l’infini, la raison se trouve contrainte et conduite à poser un « point d’appui premier » sur lequel repose l’univers, à savoir l’Être nécessaire. La conception fabuleuse est un jeu sur les images ; la conception de Dieu est une réponse rationnelle inévitable à l’ordre de l’existence extérieure et un élan contraint vers la cause première.
4. La réponse de Mulla Sadra : la preuve de l’homogénéité et de la contingence par indigence
Sur la base de la doctrine de la Philosophie transcendante, Mulla Sadra (979-1050 h. / 1571-1640 ap. J.-C.) (Mulla Sadra) fait avorter l’objection du « Dieu-mythe » en vertu de la règle de l’homogénéité, c’est-à-dire de l’affinité et de la proportion : pour que la raison perçoive une chose, il faut une homogénéité entre le connaissant et le connu. La raison humaine, dans son identité existentielle, est une « contingence par indigence », c’est-à-dire un être de pure dépendance envers autre que lui. Or il est impossible que le limité et l’imparfait bondissent d’eux-mêmes pour percevoir ou concevoir le concept de « l’autosuffisance absolue, de l’infini et de la perfection », car qui ne possède pas une chose ne peut la donner, et l’indigence ne produit pas le concept de la richesse essentielle.
Par conséquent, notre conception de la perfection et de l’infini n’est pas un mythe que nous avons composé, mais une trace existentielle et une force d’attraction que l’Absolument Riche a répandue sur nos âmes. Et de même que l’oscillation de l’aiguille et son inclinaison exigent l’existence d’un champ magnétique invisible qui l’attire, de même le tournoiement de la raison humaine et son désarroi autour du concept de « la perfection absolue » sont une trace et un reflet de l’existence de cet « aimant existentiel parfait » au-dehors, qui est Dieu.
5. La réponse des gnostiques : la règle de la concomitance de l’existence et de la perfection
Les gnostiques et les philosophes considèrent que l’être humain possède un penchant inné et un désir immense vers « la perfection absolue » — la science infinie, la puissance absolue et la subsistance éternelle —, un désir qui ne s’éteint jamais. Si l’athée prétend que ce penchant ressemble à la conception des « extraterrestres », on lui répond que le désir de la créature fabuleuse ou de l’extraterrestre s’éteint dès qu’on la conçoit ou la dessine, car elle est limitée par les bornes de la matière et de la fonction. En revanche, le désir humain de la perfection s’étend sans fin : si l’être humain possédait la terre, il réclamerait le ciel.
Et comme l’ordre cosmique est bâti sur la sagesse et la cohérence absolue — l’existence de la faim est la trace de l’existence de la nourriture, l’existence de la soif est la trace de l’existence de l’eau —, l’existence de ce « désir infini et de sa conception présente dans la conscience de l’être humain » est une preuve décisive de l’existence, au-dehors, d’un « aimé et objet parfait et infini » qui comble cette ampleur et cette indigence existentielle dans l’âme humaine.
5. L’application inévitable : l’idée de Dieu et l’empreinte du Fabricateur
Une fois ces règles philosophiques et scientifiques établies et concordantes — à savoir que la raison n’invente pas la matière première de ses idées à partir du néant, que toute image mentale doit avoir une source existentielle hors de la raison, et que l’idée de Dieu est exempte du mécanisme de composition des mythes matériels —, nous nous trouvons face à face avec la question de Dieu comme trace inévitable.
Nous voici devant une question philosophique cruciale qui s’impose : comment la raison humaine, limitée, imparfaite, temporelle et cernée par la matière de toutes parts, a-t-elle pu concevoir le concept de « l’absolument parfait, illimité, éternel et autosuffisant par essence » ?
D’où l’humanité a-t-elle tiré cette « matière première » d’idées ? La raison vit dans un monde matériel où elle observe l’imperfection à chaque instant : tout ce qui nous entoure meurt, tombe malade, s’achève et est régi par les limites de l’espace et du temps. Et comme qui ne possède pas une chose ne peut la donner, il est impossible à cette raison immergée dans la limitation de produire l’idée de « la perfection absolue » Ex Nihilo.
1. La preuve existentielle et l’empreinte du Fabricateur chez Descartes
Le philosophe français René Descartes (1596-1650 ap. J.-C.) (René Descartes) utilisa cette logique avec une précision mathématique rigoureuse pour établir l’existence de Dieu ; son idée se résume ainsi : l’idée de « l’esprit absolument parfait » est claire et distincte dans son esprit. Et comme sa raison limitée ne peut être la cause de la création de l’idée de « l’illimité » — car la cause doit contenir autant d’existence et de perfection que l’effet, sinon davantage —, il faut donc que cet être parfait existe réellement au-dehors, et que ce soit Lui qui ait imprimé cette idée dans la raison humaine comme « l’empreinte du fabricant sur son ouvrage », exactement comme la signature que le Créateur laisse au cœur de la créature.
2. La preuve des véridiques chez Mulla Sadra
Dans la philosophie chiite tardive et la Philosophie transcendante de Mulla Sadra (979-1050 h. / 1571-1640 ap. J.-C.) (Mulla Sadra), ce sens est formulé à travers « la preuve des véridiques ».
L’existence est une réalité unique et graduée, et la raison humaine est un rang parmi les rangs de cette existence. Lorsque la raison conçoit le concept de « l’existence absolue, autosuffisante de toute chose », c’est-à-dire l’Être nécessaire, cette conception ne peut sortir du néant, car le néant ne dispense rien. Et en vertu de la règle de l’homogénéité, le pouvoir de la raison de percevoir et de concevoir le comble de la perfection et de l’infini est une trace et un reflet de l’existence d’une réalité qui diffuse cette attraction existentielle dans la conscience humaine. La raison n’a pas inventé le concept : le concept lui a été imposé parce que son Fabricateur l’a imprimé dans sa constitution existentielle.
3. Le désarroi de l’athée : affirmer le concept pour le nier
Cette preuve philosophique ne s’arrête pas aux frontières des croyants guidés par la fitra : elle s’étend pour englober les athées et les négateurs de l’existence divine. En effet, l’athée, pour nier Dieu et le critiquer, doit d’abord Le concevoir dans son esprit avec ses propriétés universelles : tout-puissant, omniscient et instaurateur de l’univers. La question à laquelle l’athéisme est incapable de répondre selon les lois de la connaissance est : d’où la raison athée a-t-elle tiré la matière intellectuelle d’un être immatériel et illimité pour le nier ?
Si l’idée de Dieu était une illusion ou une invention Ex Nihilo, il aurait été impossible à la raison humaine de la former, car l’illusion elle-même est une composition d’images matérielles antérieures, comme le cheval ailé. Or Dieu n’a pas de semblable matériel dans l’univers que la raison pourrait composer et amplifier. Par conséquent, la conception de Dieu par l’athée pour le nier est un aveu explicite que le concept est présent et imposé à sa conscience depuis l’extérieur, et non le produit d’une falsification interne. Le désarroi de l’humanité tout entière, croyants et athées confondus, et son tournoiement autour d’un unique centre de gravité — « la perfection » — prouvent qu’il existe une réalité existentielle qui diffuse cette trace et impose cette attraction.
6. Conclusion : la nécessité existentielle
De même que la réalité scientifique et philosophique a établi que l’avion n’est pas venu du néant, mais parce qu’il existe des oiseaux et des lois dynamiques dans l’univers qui ont fourni à la raison les données, et de même que la théorie de la relativité n’a pas jailli du vide, mais parce que le tissu de l’espace-temps existe déjà et attendait qui le découvrirait, de même le simple fait que la raison humaine s’engage dans un débat autour de Dieu, pour l’affirmer ou le nier, est la plus grande preuve de la nécessité de Son existence.
L’esprit limité, cerné par la matière et le néant, ne peut inventer de lui-même le concept de « l’absolument parfait et de l’infini », et il ne possède, dans cet univers, aucune pièce matérielle pour le composer comme les autres mythes fabuleux. La capacité de l’athée à concevoir Dieu pour Le renier, et la capacité du croyant à Le percevoir pour proclamer Son unicité, signifient que le concept a été imposé à la conscience humaine depuis l’extérieur ; et l’attraction ne se produit qu’en présence d’un aimant. Le débat autour de Dieu n’est pas une illusion dont la raison s’est innocentée, mais un reflet et une empreinte vivante que le Fabricateur a imprimée au plus profond de l’existence humaine.
Le débat autour de Dieu n'est pas une illusion inventée par la raison, mais une trace existentielle et une empreinte vivante que le Fabricateur a imprimée au plus profond de la conscience humaine.